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La fiancée des corbeaux – René FREGNI

Publié le par Véronique B.

René Frégni marche chaque jour sur des chemins où ses filles ont couru, grandi, avant de partir vivre leur vie. Seul désormais, il sillonne inlassablement une Provence brûlée par l'été et le gel. Dans un décor âpre et sauvage, il croise d'étranges silhouettes ; un vieil homme sans mémoire regarde comme des fantômes les arbres qu'il a plantés, un truand qui a passé vingt-sept ans dans l'ombre des prisons lui raconte les lambeaux solitaires et violents de sa vie, une femme d'une mystérieuse douceur traverse des champs de neige suivie, de loin en loin, par un nuage de corbeaux. 
Comme une suite à "Elle danse dans le noir", ce journal est un chant d'amour qui monte des vastes déserts de pierre et de lavande que l'on découvre dès que l'on quitte Banon, Manosque ou Moustiers-Sainte-Marie, un chant mélancolique et lumineux ; un voyage parfois cruel vers la tendresse et la beauté.

L'avis des Incorrigibles

Note sur 5 : *****

Premier roman que je lis de René FREGNI. C’est émouvant, nostalgique. Avec ses mots à lui, il nous emmène dans sa Provence. Par bribes, nous le suivons dans les méandres de sa vie. Ses rencontres, sa fille, ses voisins, ses amis, la beauté des paysages, ses voyages, et toute cette pudeur des mots pour nous dire à quel point il aime Isabelle.

Il y a du Erri de LUCA, du André BÛCHER, du Philippe CLAUDEL, dans son écriture. Des romanciers qui arrivent à saisir des petits moments de bonheur et à les transmettre à leurs lecteurs. Et surtout, leur Liberté, leur humanisme, leur amour du prochain.

« Voilà ce que je demande à un livre, m’émouvoir, m’ébranler, m’emporter, me faire vivre plus intensément que si j’étais descendu dans la rue. » Et bien vous avez réussi à m’emmener avec vous Monsieur FREGNI.

Je pense qu’à la lecture de tels auteurs, on ne peut devenir que meilleur. En tout cas, c’est ce que je vous souhaite !

Page 115

Je me suis demandé en refermant ce polar trop réel si l’homme serait aussi passionnant s’il n’était pas si corrompu, si pervers.

Page 115 -116

Une journée d’hiver comme je les aime, silencieuse, hors du temps, un voyage solitaire vers le mal. Voilà ce que je demande à un livre, m’émouvoir, m’ébranler, m’emporter, me faire vivre plus intensément que si j’étais descendu dans la rue.

Page 153

Et chaque jour, en lisant moi-même la double page réservée à l’OM, je me demande ce qui peut bien nous fasciner autant dans ce simple ballon de cuir qui ressemble tant à un sein hypnotiquement rond, à une belle fesse joufflue ou à n’importe quelle planète qui fonce autour de nous dans le plus grand mystère.

Page 176 - 177

La liberté est devant moi, totale. Choisir un mot, puis un autre, le suivant. Les dessiner, dessiner un sentier, des montagnes, des villes, des soleils. Voir ces villes et ces soleils mieux que s’ils existaient. Voyager à travers les régions brumeuses de la mémoire, les terres éblouissantes de l’imagination, les espaces sauvages du désir. Ecrire comme je marche, un mot après l’autre, sans horaires, sans clôtures, sans projets. Ma table est à côté de mon lit, je dors, je rêve et je repars, de jour, de nuit, sur ces chemins d’encre.

Certains écrivains dressent une muraille entre l’écriture et la vie, la réalité et les songes. J’écris quand je vis, je vis quand j’écris. Chaque mot ajoute un élan à mon geste, à mes pas. Chaque pas m’offre un mot.

Chaque fois que je commence un nouveau roman, un nouveau récit, j’entre avec inquiétude et un trouble presque érotique dans un territoire que je dois découvrir. Lorsque je mets le point final, j’ai parcouru et découvert une contrée de moi-même que je ne soupçonnais pas. Oui, érotique est l’écriture, violemment, je charge et je décharge mon stylo, chaque jour. Les cent mille éclats de mon sperme bleu sur la robe blanche de la page.

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