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Le grand marin – Catherine POULAIN

Publié le par Véronique B.

Une femme rêvait de partir. De prendre le large. A Kodiak, en Alaska, elle trouve une place à bord d'un de ces bateaux qui pêchent la morue noire, le crabe et le flétan. Elle supporte

l'humidité permanente, la fatigue, la peur, les blessures... Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade. En attendant de rembarquer. C'est alors qu'elle rencontre le Grand Marin.

L'avis des Incorrigibles

Note sur 5 : * * * * *

Une vraie baroudeuse, voilà qui est Lili. Elle est partie, a laissé la France derrière elle, a fui le plus loin qu’elle a pu, avec l’idée de se rendre en Alaska pour y pêcher et surtout se rendre à Point Barrow. Son rêve.

Elle est partie sans rien, Lili. Elle veut en découdre Lili. Et cela ne va pas manquer. Elle erre sur le port à la recherche d’un bateau qui voudra bien l’embaucher. Elle embarque sur le Rebel, pour le meilleur et pour le pire.

A c’est sûr, on est loin de la « croisière s’amuse ». Rien à voir. Au milieu d’un équipage uniquement d’hommes, Lili va devoir se faire accepter. Elle ne chômera pas Lili. Elle s’attirera même le respect des hommes. Mais à quelle condition ? En tout cas, à aucun moment Lili ne regrettera ses choix. Il en faut du courage pour accepter les conditions de vie qu’elle aura Lili. Elle est libre Lili, mais elle est prête à en payer le prix.

On y rencontre aussi des hommes durs, attachants, en déroutes qui ont fui leur passé, qui donne leur vie à la mer, vie qui part en « c… ». On va entrevoir leurs dérives, leurs désespoirs.

Une fois les pieds sur terre, ils tournent en rond, errent. Ils ne savent pas quoi faire de leur carcasse. Alors, ils boivent, se droguent… Jusqu’au prochain départ.

Une aventure du 21ème siècle.

Et puis, il y a le Grand Marin.

Beaucoup de pudeur dans ce livre. On ne saura rien de la vie de Lili avant l’Alaska. Juste un brin d’ébauche.

Page 302

- Mais qu’est-ce que tu veux toi pour finir ? Tu disais Point Barrow au début, pour des raisons qu’avaient pas de sens, maintenant c’est le crabe qui t’habite. Et puis des fois c’est Hawaï, pour un mec je suppose… M’étonnerait que ce soit pour les beaux yeux d’une femme.

- D’abord je veux pêcher. Je veux m’épuiser encore et encore, que rien ne m’arrête plus, comme… comme une corde tendue, oui, et qui n’a pas le droit de se détendre, tendue au risque de se rompre. Et après Hawaï… Et Point Barrow un jour.

- La pêche… Vous êtes tous les mêmes, vous qui arrivez ici comme des illuminés. Moi c’est mon pays, j’ai rien vu d’autre, pas voyagé plus loin que Fairbanks. Je cherche pas l’impossible. Je veux juste vivre et élever mes gosses. C’est chez moi cette île ! Remarque moi je suis rien qu’un con, un sale négro d’Indien...`

- Non Joey, j’aime pas quand tu dis ça.

... Joey a repris et sa voix devient traînante :

- Alors t’as laissé ton pays pour venir pêcher l’aventure…

- Je suis partie, c’est tout.

- Pfff ! Vous êtes des milliers comme ça, qui arrivez depuis plus d’un siècle. Les premiers c’étaient des féroces. Vous c’est pas pareil. Vous êtes venus chercher quelque chose qui est impossible à trouver. Une sécurité ? Enfin non même pas puisque c’est la mort que vous avez l’air de chercher, ou en tout cas vouloir rencontrer. Vous cherchez… une certitude peutêtre… quelque chose qui serait assez fort pour combattre vos peurs, vos douleurs, votre passé – qui sauverait tout, vous en premier.

Il boit au goulot de sa bouteille longuement, paupières mi-closes, la repose sur le comptoir, rouvre les yeux :

- Vous êtes comme tous ces soldats qui partent affronter le combat, comme si votre vie ne vous suffisait plus… s’il fallait trouver une raison de mourir. Ou comme s’il vous fallait expier quelque chose.

- Je veux pas mourir Joey.

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