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La mort nomade – Ian MANOOK

Publié le par Véronique B.

Usé par des années de lutte stérile contre le crime, l incorruptible commissaire Yeruldelgger a quitté la police d Oulan-Bator. Plantant sa yourte dans les immensités du désert de Gobi, il a décidé de renouer avec les traditions de ses ancêtres. Mais sa retraite sera de courte durée. Deux étranges cavalières vont le plonger bien malgré lui dans une aventure sanglante qui les dépasse tous. Eventrée par les pelleteuses des multinationales, spoliée par les affairistes, ruinée par la corruption, la Mongolie des nomades et des chamanes semble avoir vendu son âme au diable !


Des steppes arides au c ur de Manhattan, du Canada à l Australie, Manook fait souffler sur le polar un vent plus noir et plus sauvage que jamais.

L'avis des Incorrigibles

Note sur 5 : * * * * *

Il est en « retraite » dans le désert de Gobi. Il a tout lâché pour méditer… Yeruldelgger, bon sang, reprends-toi ! Il ne veut plus rien avoir à faire avec son ancien métier de flic. Il veut la paix et la sérénité. Yeruldelgger, ne sens-tu pas gronder ta chère Mongolie ? Il croit encore pouvoir vivre longtemps comme au temps de ses ancêtres. Yeruldelgger écoute la steppe avant qu’il ne soit trop tard !

Les rapaces sont là, ils rôdent et ne lâcheront rien. Même si tu ne veux plus rien savoir, Yeruldelgger, tu vas être rattrapé par le grondement du monde, qui n’est pas très joli, joli, ça c’est le moins que l’on puisse dire. Yeruldelgger, tu n’en sortiras pas indemne, ni la Mongolie. Alors quoi ! Qu’est-ce que l’on peut faire pour ne pas en arriver là ? D’ailleurs est-il encore temps ?

Beaucoup d’humour, de dérision mais tout au long de ce roman, j’ai ressenti une oppression dans la poitrine, également un sentiment pernicieux de désastre se profilant à l’horizon. De la noirceur dans ce 3ème opus qui scellera le destin de Yeruldelgger.

A ne surtout pas manquer !

Page 21
- Donc tu dis que ta fille a été enlevée.
- Yuna a disparu de la maison il y a trois mois.
… - Tu as dû faire les mêmes jeux stupides quand tu avais son âge, non ?
- Bien sûr, mais à l’époque, saoule ou perdue, mon cheval me ramenait toujours de lui-même jusqu’au campement.
- C’est sûr qu’un Toyota a moins d’instinct qu’un alezan du Gorkhi. Yuna était seule dans sa voiture ?
- Non. Elle était avec son amie Gova.
- Et Gova ?
- Disparue elle aussi.

Page 28 :
- Est-ce que tu sais au moins ce qu’il cachait chez toi et que ceux qui l’ont tué voulaient récupérer ?
- Oui, répondit-elle.
Il attendit quelques instants en vérifiant intérieurement tous les paramètres, les variomètres et les cadrans de son potentiomètre à colère. Quatre mois qu’il s’était retiré, sur ordre du Nerguii lui-même, loin de tout, loin de sa vile, loin de son ancien métier, loin de ses amis et du corps et de l’esprit adorés de celle qui l’aimait, et voilà qu’en quelques heures il cédait à son premier amour nomade avec une vieille cavalière de passage et à sa première colère face à une autre plus jeune. Tsetseg avait raison : on reste toujours ce qu’on a d’abord été !

Page 51
- Je peux quand même savoir où tu vas ?
- Dans la vallée au-delà de la crête d’où on a tiré. Ganbold, le gamin, veut me montrer un charnier.
- Un charnier ?
- Oui, un grand trou avec des morts dedans, se moqua gentiment Yeruldelgger.
- Des morts humains ?
- Il a juste dit « montrueux ». Ca a piqué ma curiosité.
- Sa mère et sa grand-mère n’ont pas été plus précises ?
Yerudldelgger apprécia les réflexes policiers de la jeune femme.
- Ils ne sont pas de la même famille, répondit-il. Odval, la jeune femme, prétend qu’un homme est mort pas loin de sa yourte.
- Un homme mort, quel homme ?
- Un Français, semble-t-il.
- Un étranger ?
- Oui. C’est généralement le cas des Français dans notre pays…
- Ne te fous pas de moi ! Est-ce que la vieille en sait plus sur ce Français ?
- Tsetseg ne sait rien de l’étranger. Elle est venue me voir pour l’aider à retrouver sa fille disparue.
- Et à quoi tu joues, alors ? A la caravane de Sherlock Holmes ? Au bureau itinérant des affaires nomades ? Au flic routard ?

Page 121
- Pourquoi, il y a des choses à cacher ?
- Mais d’où elle sort, celle-là ? se moqua la géologue en prenant Yeruldelgger à témoin avant de s’adresser directement à la lieutenant. Tout ton foutu pays n’est qu’un appel à la fouille et au viol géologique. Tu creuses n’importe où et tu trouves n’importe quoi. Or, cuivre, terres rares, charbon, uranium. Tu crois que ça n’intéresse pas tous les rapaces du capitalisme mondialisé ? Tout ici relève du secret industriel. Ce qu’on cherche, comme y accéder, comment l’extraire, comment le transporter, comment le traiter. Je suis incapable de dire sur quoi je travaille en vrai. De toute évidence un projet Nord-Sud. Un chantier énorme d’abord repéré par une cartographie spatiale depuis le satellite français Helios. Ca peut être une exploration minière, un bilan hydrologique, le tracé optimisé d’une nouvelle voie de communication, une route par exemple…
- Quoi, tout ce cirque pour une route ?
- Quant tout tournera en régime de croisière à Tolgoï, dans le Sud, lamine produira quatre cent cinquante mille tonnes de cuivre par an. Pour le cuivre, la teneur dans le minerai est de trois pour cent en moyenne. Ca fait quinze millions de tonnes à transporter jusqu’au point de traitement. A cinquante tonnes de charge utile par camion, ca fait trois cent mille camions par ans. Quelque chose comme plus de huit cents camions par jour. Un camion toutes les cinq secondes. Et eune route capable d’encaisser ça, ça coûte jusqu’à un million de dollars le kilomètre. Assez pour pousser des investisseurs à déplacer un satellite pur cartographier le trajet et pousser des gestionnaires de profit à ordonner aux géomètres d’économiser le moindre kilomètre.

Yeruldelgger encaissa le coup à nouveau. Pour la deuxième fois en quelques minutes, l’étrangère dressait un portrait de son pays qu’il ne reconnaissait pas mais qu’il devinait vrai. D’abord sa steppe qui ne serait que la conséquence de la dérive des continents et maintenant ses montagnes et ses plaines que des conquérants invisibles se partageaient en les épiant du ciel pour mieux les éventrer.

Page 429

Loin déjà de tout ce chaos tragique, dans la splendeur immense de la plaine ondoyante, indifférente au fracas magmatique d’où avait jailli un jour tant de beauté, Tsetseg chevauchait la crête qui bordait la steppe. Heureuse de ce jour béni que tiédissait le levant, de son cheval blanc au petit galop court et arrondi, et de son prénom fleuri. Fière et droite, l’arc en bandoulière et le carquois battant le flanc de sa monture, les empennages de ses flèches à l’envers comme un bouquet de fleurs jaunes et vertes.
Devant elle chevauchait sa belle Yuna qu’il avait sauvée et dont elle allait désormais bien s’occuper, maintenant qu’ils étaient quittes.

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