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La part des flammes – Gaëlle NOHANT

Publié le par Véronique B.

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.

L'avis des Incorrigibles

Note sur 5 : * * * * *

Un très bon roman historique. A travers trois destins de femmes de l’aristocratie, Gaëlle NOHANT décripte le 19ème siècle.

Trois femmes déçues par leur place dans la société où la part belle est faite aux hommes.

« Ils avaient créé ce grand théâtre où les hommes venaient en voyeurs – disculpés par la recherche médicale – se repaître de cette folie des femmes à travers laquelle éclatait toute l’imperfection de leur nature, les vices et les faiblesses inhérents à leur sexe. Bien entendu, il s’agissait de les guérir, de les rendre dociles au rôle que leur assignait la société, et de discipliner les secousses sismiques de leurs corps par la maternité et une sexualité rigoureusement contrôlée. »

Avec ce roman Gaëlle NOHANT s’élève à la hauteur de Jane AUSTEN. Il mérite amplement les prix reçus.

Page 346

Hyacinthe Brunet observait la jeune fille qu’il venait de plonger dans le sommeil hypnotique. La facilité avec laquelle les hystériques se laissaient suggestionner l’émerveillait toujours. Quelle aubaine pour les aliénistes ! Cette voie royale vers l’expérimentation leur avait permis de recréer chaque symptôme de l’hystérie, d’en définir les nuances, de constater la variété des attitudes passionnelles, l’éventail des névroses prenant vie sous leurs yeux comme un théâtre de marionnettes. Hystérie religieuse, pulsions nymphomanes ou criminelles, paralysies disparaissant sur commande, convulsions domptées par un simple murmure… Ils s’étaient tenus impassibles et ironiques devant la scène qu’ils dirigeaient de leurs mots, de leurs gestes, provoquant des hémorragies, des stigmates, des sanglots et des poussées de fièvre. Tels des enfants ouvrant le ventre des poupées, pour chercher le cœur à travers la cire, ils avaient pu ausculter la psyché des femmes, les observer à leur insu, effaçant ensuite les traces de ces effractions de leur mémoire latente. Ils avaient créé ce grand théâtre où les hommes venaient en voyeurs – disculpés par la recherche médicale – se repaître de cette folie des femmes à travers laquelle éclatait toute l’imperfection de leur nature, les vices et les faiblesses inhérents à leur sexe. Bien entendu, il s’agissait de les guérir, de les rendre dociles au rôle que leur assignait la société, et de discipliner les secousses sismiques de leurs corps par la maternité et une sexualité rigoureusement contrôlée.

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