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Le géranium de Monsieur Jean - Michel TORREKENS

Publié le par Véronique B.

Je ne peux plus me déplacer sans aide. La plupart du temps, c est une soignante qui se porte à mon secours. C est bien le mot : secours. Je suis en situation continuelle d'assisté, obligé de me plier au bon vouloir d une autre personne. Cela m a appris l'humilité. Bien malgré moi. Après avoir dirigé des années durant une équipe de quinze personnes, je ne suis plus maître de moi-même. Vous avez beau penser que cela risque de vous arriver un jour, vous vous bercez le plus longtemps possible d'illusions.

Comment vivre dans un espace de quelques mètres carrés ? Son confinement conduit Monsieur Jean à retrouver des petits bonheurs oubliés : le toucher d une peau aimée, la saveur d un verre d eau, l odeur de l herbe coupée, la vision fugitive d un vol de martinets...

Et puis il y a Axelle, encore alerte, elle, et qui lui rapporte tous les petits potins et événements qui agitent la résidence.

L'existence ne l'a pas épargné ce n est qu'à la fin du livre que s'éclaircira le mystère de la disparition de sa femme au Pérou mais Monsieur Jean espère encore secrètement une ultime réconciliation. Avec lui-même et avec ses proches...

Récit simple et pudique, Le Géranium de Monsieur Jean pourrait faire sienne la phrase de Jean-Jacques Rousseau : « J ai retrouvé la sérénité, la tranquillité, la paix ».

L'avis des Incorrigibles

Note sur 5 : * * * * *

Cela fait un mois maintenant que Monsieur Jean a intégré une chambre dans une maison de retraite, Il n'a plus envie de sortir de sa chambre. Si déjà il est là, autant y rester. C'est son dernier sursaut d'intégrité.


Il faut dire que Monsieur Jean n'a plus la possibilité de se mouvoir comme il veut. Peu à peu, son corps le lâche, organe après organe. Sans compter la souffrance. Mais loin d'être larmoyant, il trouve du réconfort dans ses pensées intimes. Tout prend une dimension plus intense, une saveur plus vive. Même l'eau : « …Il y a aussi plusieurs façons de goûter l'eau, je m'y exerce avec un plaisir enfantin. L'eau qui n'était pour moi qu'une boisson d'appoint, diététique sans plus, a pris une place considérable dans mon quotidien. J'aime la boire à petites gorgées, goutte à goutte presque, en appréciant chaque point de contact entre ma peau et le liquide. Elle forme un filet qui glisse dans la bouche, tourne autour de la langue, puis disparaît dans les profondeurs insondables de mon organisme. A d'autres moments, je m'en emplis la bouche, mâche dans cette masse aqueuse, mords à petits coups dans la boule liquide. Elle devient une grosse vague, et quand j'en suis bien imprégné, je la laisse rouler en un dernier reflux vers l'estomac. Je songe au voyage céleste et souterrain que cette eau a accompli avant de se retrouver en moi, qui ne suis qu'un de ses arrêts transitoires, puisqu'elle repartira de plus belle pour son périple infini. Je suis la rivière, le fleuve, la mer, le ciel, le nuage, la pluie. La neige, en final. Mes journées tiennent de l'épopée du buveur d'eau. Et tout cela, malgré la souffrance. Ou grâce à elle."
Quelle dignité, vous ne trouvez pas ?


Une amie, Axelle, qu'il n'a plus vu depuis longtemps, et qui vient d'intégrer elle aussi la maison de retraite, lui rend visite, ainsi que sa famille. Il s'inquiète pour une de ses filles, Pauline, avec qui il n'a jamais trop su comment communiquer. Arrivera-t-il à renouer avec elle avant son départ définitif ? 


Au fil de la lecture, on découvre la vie de Monsieur Jean, qui n'a pas toujours été simple. Un livre tout en pudeur et douceur. Je souhaite que ma critique vous donne vraiment envie de le lire. A vous de voir.

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